Rencontre avec Frédéric Keck et Charles Stépanoff autour de leurs publications : "Politique des zoonoses : vivre avec les animaux au temps des virus pandémiques" et "Attachements - Enquête sur nos liens au-delà de l'humain" (Ed. La Découverte)
Dans son livre Politique des zoonoses : vivre avec les animaux au temps des virus pandémiques (ed. La Découverte), Frédéric Keck explore comment les zoonoses, ces maladies infectieuses transmises de l’animal à l’humain, bouleversent nos conceptions du pouvoir, de la solidarité et de la biopolitique. À travers la figure de la sentinelle animale, il esquisse les contours d’un nouveau solidarisme, voire d’un socialisme écologique, dans un monde confronté à la multiplication des pandémies.
Charles Stépanoff quant à lui interroge dans Attachements : enquête sur nos liens au-delà de l’humain (ed. La Découverte) les formes d’attachement que les humains tissent avec les animaux, les plantes, les esprits et les éléments naturels. En s’appuyant sur des enquêtes de terrain en Sibérie et en France, il propose une réflexion profonde sur la domestication, les hiérarchies sociales et les fondements de nos sociétés.
- Anthropologue et philosophe, Frédéric Keck est directeur de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d'anthropologie sociale du Collège de France. Il est notamment l'auteur d' Un monde grippé (Flammarion, 2010) et de Sentinelles des pandémies. Chasseurs de virus et observateurs d'oiseaux aux frontières de la Chine (Zones sensibles, 2020 ; rééd. Points Essais, 2021).
- Charles Stépanoff est anthropologue, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales et membre du Laboratoire d'anthropologie sociale du Collège de France. Il a notamment publié Voyager dans l'invisible (2019, 2022), Techniques chamaniques de l'imagination (2019, 2022) et L'Animal et la Mort (2021).
En savoir plus sur leurs publications
Politique des zoonoses : vivre avec les animaux au temps des virus pandémiques
- (ed. La Découverte)
"En quoi les zoonoses, ces maladie infectieuses animales transmissibles à l'être humain, comme la rage, la tuberculose, la grippe aviaire ou la Covid-19, modifient-elles nos conceptions de la politique, du pouvoir, de l'émancipation ? Sans la récente pandémie de Sars-Cov-2, cette question n'aurait peut-être pas acquis l'acuité et l'urgence qui la caractérisent aujourd'hui. D'après de nombreux rapports scientifiques, le nombre et l'ampleur de ces zoonoses sont appelés à augmenter, leur place étant directement liée aux dérèglements climatiques et à la baisse rapide de la biodiversité.
Il est fréquent, dans la mouvance écologiste, d'interpréter la prolifération des virus comme la revanche de la nature contre le mauvais traitement que les humains lui feraient subir. Une veine complotiste croit y voir une lutte entre puissances autour des armes biologiques. En s'intéressant aux pratiques contemporaines de préparation aux pandémies, ce livre emprunte une tout autre voie. Car, depuis vingt ans, la " chasse aux virus ", inventée il y a un siècle, a cédé la place à une autre approche, où l'animal occupe un rôle éminent d'émetteur potentiel de signaux d'alerte, dont les traces sont conservées dans des congélateurs et des bases de données.
À travers la figure de la sentinelle animale, une autre relation entre humains et non-humains se dessine où la solidarité existe déjà tout en restant un idéal à réaliser. Un nouveau solidarisme, voire un nouveau socialisme, pourrait en découler."
Attachements : enquête sur nos liens au-delà de l’humain
- (ed. La Découverte)
"Comment nous relions-nous à notre environnement et comment nous en détachons-nous ? Comment en sommes-nous arrivés à vivre dans des sociétés dont les rapports au milieu vivant se sont appauvris au point de menacer notre monde de devenir inhabitable ?
On a longtemps défini les humains par les liens les unissant les uns aux autres. Or ils se distinguent aussi par les relations singulières qu'ils établissent au-delà d'eux-mêmes, avec les animaux, les plantes, le cosmos. Sur tous les continents, chasseurs-cueilleurs, horticulteurs ou pasteurs nomades interagissent de mille manières avec une multitude d'autres êtres. Partout, les groupes humains s'attachent affectivement à des animaux qu'ils apprivoisent et avec lesquels ils partagent habitat, socialité et émotions. Notre ouverture à l'altérité va même plus loin. Nous établissons des relations fortes avec les esprits des montagnes et des fleuves, avec des dieux ou des ancêtres. Nous sommes étonnamment polyglottes, capables d'échanger avec un oiseau, une étoile, un esprit. Longtemps ignorée, cette disposition apparaît fondamentale dans le rapport singulier que nous avons construit avec notre environnement au fil des millénaires.
En s'appuyant sur l'anthropologie évolutionnaire, l'archéologie, l'histoire, l'ethnographie et ses propres enquêtes de terrain menées en Sibérie et en France, Charles Stépanoff compare différents contextes anciens et actuels, proches et lointains, où les humains s'attachent d'autres espèces. Au fil d'un parcours captivant qui l'amène à repenser intégralement des phénomènes fondamentaux comme le processus de domestication, la genèse des hiérarchies ou la construction des États prémodernes, il explore cette question inédite : comment les attachements au milieu vivant transforment-ils les organisations sociales ?"
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Gratuit (dans la limite des places disponibles)
- Lieu : Salon de lecture Jacques Kerchache
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Dates :
Le jeudi 18 septembre 2025 de 18:00 à 19:30 -
Accessibilité :
- Handicap auditif bim (T),
- Handicap moteur
- Public : Tous publics
- Categorie : Les RDV du salon de lecture Jacques Kerchache