En collaboration étroite avec le musée des civilisations de Côte d’Ivoire, une recherche de provenance et un protocole de conservation-restauration ont été mis en œuvre autour du tambour parleur de la communauté Atchan, confisqué en 1916 à Adjamé par les autorités coloniales françaises.

Tambour parleur de la communauté Atchan
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Sa restitution a été officiellement demandée à la France par la République de Côte d’Ivoire en 2019.
Le président de la République française, Emmanuel Macron, a confirmé que le tambour avait vocation à être restitué, à l’occasion du sommet Afrique-France qui s’est tenu le 8 octobre 2021 à Montpellier.
Le 18 novembre 2024, Emmanuel Kasarhérou, président du musée du quai Branly - Jacques Chirac, a signé, aux côtés de Rachida Dati, ministre de la Culture de la République française, et de Françoise Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie de la République de Côte d’Ivoire, une convention de dépôt permettant le retour temporaire du tambour parleur. Une loi, adoptée par le Parlement français le 16 juillet 2025, permet la restitution à la Côte d'Ivoire du Tambour, au plus tard le 16 juillet 2026.
Le 20 février 2026 a eu lieu, en présence de Rachida Dati, ministre de la Culture de la République française, de Françoise Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie de la République de Côte d’Ivoire, et d’Éléonore Caroit, ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, la cérémonie officielle de restitution du tambour parleur dit Djidji Ayokwè de la communauté Atchan qui est désormais propriété de la République de Côte d’Ivoire.
Le tambour parleur dit Djidji Ayokwé du peuple Atchan est un instrument de musique, dont la conception est attribuée au sculpteur Biengui qui l’aurait réalisé avant 1916. D’après les informations recueillies sur place dans les années 1980 par l’ethnomusicologue et chercheur ivoirien Georges Niangoran-Bouah, ce tambour en bois d’iroko aurait été sculpté en deux ans dans le quartier d’Anoumabo à Abidjan, avant d’être déplacé dans le quartier d’Adjamé.
Long de 3,5 mètres et pesant 540 kg, le tambour se distingue par une lèvre gauche plus épaisse qui émet un son aigu, et une lèvre droite au son plus grave. Les représentations du léopard, du lézard et de « trophées » (têtes humaines coupées et mâchoires humaines) appartiennent au vocabulaire iconographique royal de la communauté ébrié, une population dont les membres sont installés au sud-est de la Côte d'Ivoire, initialement appelés « Tchaman » et membres du groupe Akan.
Le tambour, représentatif d’un pan significatif de l’art de la communauté ébrié, a été conçu dans l’objectif d’émettre des sons à longue distance et de transmettre des messages, lui valant le nom de « tambour parleur ».
Du fait de cette capacité, l’objet a joué un rôle majeur dans la lutte contre la colonisation française, permettant notamment de diffuser des informations aux villages éloignés, et ce jusqu’à 20 kilomètres à la ronde.
Le tambour parleur est confisqué à Adjamé en 1916 par les autorités coloniales françaises. Il est alors probablement conservé au palais des gouverneurs de Bingerville jusqu’en 1928, date à laquelle il est repéré par l’écrivain Paul Morand qui en informe Paul Rivet.
Ce dernier obtint auprès du gouverneur de la Côte d’Ivoire, Maurice Lapalud, son transfert au musée d’ethnographie du Trocadéro en 1929. L’objet est enregistré au musée d’ethnographie du Trocadéro le 1er mars 1930, portant la mention « don du gouverneur de la Côte d’Ivoire », enregistré sous le numéro 30.5.1, renuméroté 71.1930.5.1 sur l’inventaire du musée du quai Branly-Jacques Chirac.
Histoire et caractéristiques du tambour
Le musée du quai Branly-Jacques Chirac a accueilli le 25 mai 2022 la délégation de Madame la Ministre de la Culture de Côte d’Ivoire – première séance de visite et d’explications autour du tambour.
Un traitement de conservation-restauration est apparu nécessaire. Le niveau d’intervention puis le choix des protocoles de stabilisation et de consolidation du tambour ont fait l’objet de discussions collaboratives entre les équipes du musée des civilisations de Côte d’Ivoire, celles du musée du quai Branly – Jacques Chirac et les représentants de la communauté Atchan.
La restauration a consisté à coller certains éléments dissociés ou décollés, à renforcer la partie inférieure du tambour en injectant une résine de consolidation et à stabiliser les zones fragiles. Un soclage sur mesure a été conçu. Il permet d’une part de déplacer le tambour sans que le bois soit en contact direct avec les engins de levage, d’autre part de le présenter de manière stable. Toutes ces opérations se sont déroulées du 14 novembre au 27 décembre 2022.
Le musée a également travaillé en étroite collaboration avec le directeur du musée des civilisations de Côte d’Ivoire, Monsieur Francis Tagro. Ce dernier a été accueilli au musée en 2023, ce qui lui permis d’avoir accès aux collections ivoiriennes conservées au musée, au-delà du seul tambour, et de prendre connaissance des méthodes de travail du musée. Cette résidence fait par ailleurs suite aux précédents accueils de Francis Tagro alors qu’il n’était pas encore directeur, en 2016 et en 2019, pendant lesquels il a pu travailler sur les archives du fonds Bohumil Holas relatives à la Côte d’Ivoire, et conservées au musée du quai Branly-Jacques Chirac.
De la même manière, le musée a accueilli une délégation du musée des civilisations de Côte d’Ivoire le 8 octobre 2025, pour une journée de partage d’expérience sur la conservation, la restauration et la documentation des œuvres.
Le musée a rendu possible la digitalisation 3D du tambour, afin que les images puissent être diffusées en Côte d’Ivoire, avant son retour. La photogrammétrie du tambour s’est déroulée du 28 au 30 novembre 2023 dans les réserves du musée du quai Branly-Jacques Chirac, grâce à la société Summum 3D et au financement d’Expertise France. Les images ont notamment été diffusées à l’Institut Français de Côte d’Ivoire en avril 2024 à l’occasion d’une performance de slam.
Un partenariat scientifique
La restauration du tambour en images
Pour assurer la consolidation à cœur du bois, on ralentit l’évaporation du solvant de la résine injectée en enveloppant le tambour dans un film en polyester
© musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Julien BrachhammerEn savoir plus
Ressources liées
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Musée des civilisations de Côte d'Ivoire
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