Résidence sonore 2024 : Junior Mvunzi

Projet lauréat : "Musika Automatika"

Contenu

Pour la troisième édition du programme de résidence sonore du musée du quai Branly – Jacques Chirac, le jury a retenu le projet de l’artiste Junior Mvunzi.

Des automates musicaux en matériaux recyclés

Musika Automatika est une exploration audacieuse alliant musique expérimentale et sonorités populaires inspirées de la rumba. En collaboration avec le batteur autrichien Andi Stecher, Junior Mvunzi a développé une approche novatrice en utilisant des matériaux recyclés pour créer des automates qui remplacent les instruments conventionnels. L’essence de la démarche réside dans la transformation de déchets en objets musicaux originaux. Ces automates, une fois archivés par une table de commande semblable à une platine de DJ conçue par l’artiste, génèrent des bruits qui deviennent la matière première de cette création. Le producteur intervient ensuite pour capter et transformer ces bruits en une mélodie harmonieuse sur laquelle Junior Mvunzi place sa voix avec des paroles évoquant les thèmes de la rumba, tels que les relations amoureuses et le rapport à la patrie. En explorant les archives sonores du musée et en les intégrant à cette démarche artistique, l’artiste cherche à créer une oeuvre qui transcende les frontières entre les genres et les époques, tout en explorant les liens entre culture populaire et patrimoine – repousser les limites de la musique expérimentale en intégrant des éléments sonores du passé, ancrés dans la richesse patrimoniale du musée.

Un dialogue avec les traditions musicales du monde entier

Le projet Musika Automatika s’inscrit dans une dynamique ethnographique tout en mettant en perspective la manière dont la musique, à travers la création d’automates à partir de matériaux recyclés, peut transcender les frontières culturelles et temporelles. En explorant les sonorités de ces automates, inspirés par des déchets réinventés, Junior Mvunzi souhaite créer une expérience musicale qui dialogue avec les traditions musicales du monde entier. Une démarche qui ne se limite pas à une simple utilisation de matériaux sonores mais qui vise à établir un dialogue créatif avec le patrimoine musical préservé par le musée. Les archives sonores deviennent ainsi des composantes essentielles pour créer une oeuvre contemporaine, unissant passé et présent à travers la musique expérimentale et populaire de la rumba.

Junior Mvunzi souhaite créer une installation mêlant la dimension sonore de ce projet à des oeuvres visuelles afin de proposer une expérience immersive aux visiteurs du musée. Musika Automatika s’appréhende dès lors comme une performance pluridisciplinaire offrant une expérience sensorielle complète.

Biographie

Junior Mvunzi

Junior Mvunzi (né en 1990) est un artiste multidisciplinaire originaire de Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC). Formé aux métiers d’électricien et de mécanicien, il intègre l’école des Beaux-Arts de Kinshasa. Sa pratique mêle art, science et technologie et s’étend de la sculpture à la performance en passant par la réalisation de films et la production musicale.

Junior Mvunzi se consacre à la transformation de déchets en tout genre, électroniques notamment tels que des cartes mères, des téléphones et des câbles qui symbolisent l’omniprésence du numérique dans nos vies. Il crée à partir de ces matériaux d’imposants costumes, masques, tableaux et bijoux qui interpellent sur le contraste entre richesse géologique de la RDC et une réalité marquée par la précarité. Junior Mvunzi travaille principalement le cuivre, l’aluminium et le plastique - qui jonche les sols des rues et pollue les cours d’eau. Chaque création sous-tend une réflexion sur le monde qui nous entoure et sur des sujets à portée universelle.

Son engagement écologique et l’hommage aux ancêtres sont des dimensions essentielles de son travail, et des thématiques liées car, dans la tradition congolaise et Bantoue en particulier, les ancêtres sont les gardiens de la Terre – un espace sacré que les ancêtres nous ont légués et dont nous devons être les garants. Ses oeuvres veulent être des réponses possibles aux questionnements environnementaux. Ses sculptures soulèvent des questionnements sur l’identité culturelle, le mysticisme et le contexte post-colonial – l’art comme un refuge face à un environnement tumultueux : « Je conçois un monde « bizarroïde » à travers une esthétique futuriste et dérangeante, un univers dystopique dont mes créations proviennent, avertissant du pire que l’avenir pourrait nous réserver ». Junior Mvunzi a participé à plusieurs expositions collectives à Kinshasa, à l’Institut Français et au Goethe Institute. Il a remporté en 2018 la 3e place au concours Art Tembo avec une sculpture imposante représentant une bouteille de marque, réalisée en métal et autres matériaux recyclés. Il est actuellement représenté par la galerie parisienne Les Enfants terribles.

Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains, situé à Tourcoing, est un pôle d’excellence dans l’enseignement artistique, audiovisuel et numérique français, dont le programme pédagogique met en avant le croisement des disciplines et la production d’œuvres à échelle réelle avec des moyens de production professionnels. La direction artistique de l’école, pilotée par Alain Fleischer, encourage par ailleurs le passage des outils, supports et langages traditionnels de la modernité (cinéma, photographie, vidéo, création sonore et musicale) à l’univers des technologies émergentes et des arts numériques. Chaque année, l’établissement accueille des artistes qui comptent parmi les plus renommés de la scène internationale, toutes disciplines confondues. À titre d’exemple, on peut citer Jean-Luc Godard, Anne Teresa de Keersmaeker, Sarkis, Gary Hill, Choï, Charles Sandison, Ryoji Ikeda et plus récemment Ben Russell ou Laure Prouvost. Ces créateurs accompagnent les projets des jeunes artistes étudiant au Fresnoy tout en réalisant eux-mêmes un projet personnel.

LE FRESNOY - STUDIO NATIONAL DES ARTS CONTEMPORAINS

En écho à son engagement et soutien en faveur du patrimoine immatériel des cultures qu’il représente et de la création contemporaine, le musée a mis en place au début de l’année 2022 un programme de résidence sonore. Le dispositif prévoit une dotation à hauteur de 8000 euros et le financement de la production d’une œuvre sonore conçue en lien avec les collections, enjeux et thématiques du musée. Ce programme d’aide à la création permet d’accueillir chaque année un artiste originaire de l’un des quatre continents représentés dans les collections du musée (Afrique, Asie, Océanie, Amériques) pour la réalisation d’un projet artistique unique. À l’issue de l’appel à projets, un jury international de personnalités du monde de la création sonore et audiovisuelle a désigné l’artiste plasticienne kazakhe Aïda Adilbek lauréate de cette deuxième édition

L’artiste est ainsi invitée à produire un projet original en cohérence avec sa trajectoire artistique, en lien avec les collections matérielles et immatérielles du musée.

La résidence s’effectue cette année encore en partenariat avec Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains à Tourcoing, qui l’accueillera pour deux sessions de travail et l’accompagnera dans la production de son œuvre sonore. Sa création sera présentée au public en mars 2024 et intégrera les collections du musée. Présidé par Emmanuel Kasarhérou, président du musée du quai Branly – Jacques Chirac, le jury est composé de  :

  • Blick Bassy (artiste),
  • Anne Lafont (historienne de l’art),
  • Youmna Saba (artiste lauréate de la 1ère édition du programme de résidence sonore),
  • Éric de Visscher (musicologue et commissaire d’exposition),
  • François Bonenfant (coordinateur cinéma et arts visuels au Fresnoy – Studio national des arts contemporains),
  • Anne-Solène Rolland (directrice du Patrimoine et des  Collections au musée du quai Branly – Jacques Chirac),
  • Christine Drouin (directrice du Développement Culturel au musée du quai Branly – Jacques Chirac),
  • Anne Behr (responsable du service de l’auditorium au musée du quai Branly – Jacques Chirac)
  • et d’Élodie Saget (responsable des fonds sonores et audiovisuels au musée du quai Branly – Jacques Chirac).

Cette résidence s’inscrit dans le projet « Musée Résonnant » qui vise à transformer l’expérience sonore du visiteur sur  le plateau des Collections permanentes du musée. Le son, envisagé comme une autre façon d’appréhender les œuvres, au- delà de la stricte perception visuelle, permet notamment une meilleure inclusivité des publics et l’intégration de la multiplication des approches, de la pluralité des voix autour des objets présentés. Il est au cœur des réflexions sur le musée de demain.

Aussi, conscient de l’importance que revêt aujourd’hui le médium son dans la régénération du patrimoine immatériel, le musée du quai Branly – Jacques Chirac souhaite faire entendre des artistes du 21e siècle dont l’héritage culturel se déploie dans un monde contemporain et dialogue avec lui. Il s’engage ainsi dans une démarche à long terme de soutien et de valorisation de la création contemporaine en art sonore

Les résidence sonores : un programme d’aide à la création